25 min
Critiques
“Les Légendaires”, de la BD à la 3D
Une adaptation audacieuse et réussie
01 février 2026
Par Zel
Après huit années de production, "Les Légendaires" marque les sorties cinéma du début d'année 2026. Adapté de la BD éponyme de Patrick Sobral, le premier film de Pan Européenne, réalisé par Guillaume Ivernal, a connu de multiples défis avant d'arriver sur grand écran. Découvrez notre critique de ce film d'animation français audacieux qui nous gâte avec son scénario inédit, ses visuels somptueux et ses personnages remis au goût du jour.
| 📄 Synopsis |
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| Les Légendaires, intrépides aventuriers, étaient les plus grands héros de leur temps. Mais suite à une terrible malédiction, les voilà redevenus... des enfants de 10 ans ! Danaël, Jadina, Gryf, Shimy et Razzia vont unir leurs pouvoirs pour vaincre le sorcier Darkhell et libérer leur planète de l’enfance éternelle… |
Un juste milieu entre fidélité et liberté d’adaptation
Avant d’exister en long-métrage, Les Légendaires est avant tout une bande dessinée jeunesse scénarisée et dessinée par Patrick Sobral depuis plus de 20 ans et qui s’est vendue à plus de 7 millions d’exemplaires. Mélange subtil d’un univers fantasy et le style d’un manga, la BD française s’est trouvée une base solide d'admirateur·ices au fil des années, qui ont grandi avec Les Légendaires.

Grâce au succès de la BD, Patrick Sobral a pu développer son univers avec plusieurs séries spin-off comme par exemple Les Légendaires Origines (centrée sur les débuts de nos héros), Les Légendaires : Les Chroniques de Darkhell (explorant le passé de l’antagoniste principal Darkhell) ou encore Les Légendaires Résistance (située chronologiquement plusieurs années après la fin de la série principale).
| Les Légendaires, un univers bien développé au sein du 9eme Art |
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Bien que la série ait eu droit à son adaptation en série d’animation par TF1 en 2017, nombreux·ses sont les Légenfans (le néologisme pour décrire les fans de la licence) qui rêvaient d’un film au cinéma. Et il faut croire que le « maître Pamplemousse » (pseudo utilisé par Patrick Sobral sur le site des Légendaires) en avait également envie, puisque le projet a fini par aboutir.
En effet, en 2020, le producteur et distributeur du film Pan Européenne, représenté alors par Nathalie Gastaldo Godeau, dévoile au Cartoon Movie une première bande-annonce sous forme d’animatique. Certains noms avaient déjà été dévoilés comme celui de Guillaume Ivernel en tant que réalisateur, connu pour le long-métrage Chasseurs de Dragons ou celui d’Antoine Schoumsky, scénariste du film qui avait déjà travaillé sur l’adaptation de Roger et ses Humains.

© Les Légendaires Wikia
Le film a eu droit aussi à une séance work-in-progress lors du festival d'Annecy que nous avions couverte en 2024, qui a permis au public d’en découvrir davantage sur la fabrication du long-métrage, en particulier sur le type d’animation choisie pour le film : l’animation 3D.
Jusqu’en fin d’année 2025, Patrick Sobral a partagé quelques concept arts et le distributeur Pan Européenne a communiqué plusieurs éléments promotionnels du film, tels que des affiches et autres teasers et bandes-annonces.
| Premières affiches promotionnelles | |
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| Affiches promotionnelles des personnages | ||
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Même si l’annonce d’un long-métrage a ravi de nombreux·seuses fans, dès les premiers visuels 3D dévoilés, il y a eu un clivage au sein des fans de la BD. D’un côté, certain·es étaient ravi·es et curieux·ses de cette adaptation au fur et à mesure que les concepts art du film étaient dévoilés, de l’autre côté beaucoup étaient réfractaires aux designs des personnages. Le choix de la réalisation en 3D n’a pas convaincu tout le monde et les fans les plus réticent·es ont jugé le style visuel du film trop éloigné du style manga de Patrick Sobral.
| Exemples de réactions mitigées lors de la première bande-annonce | |
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Bien que les styles divergent, dans le cas du film Les Légendaires, la 3D permet d’ouvrir le champ des possibles d’un point de vue technique et donne l’occasion de réinventer l’univers . Ce pari audacieux s’accompagne d’une volonté de trouver un juste équilibre entre la BD qui a plus de 20 ans et une histoire originale plus actuelle. C’était une problématique déjà évoquée par le scénariste Antoine Schoumsky à Annecy en 2024 : « Quel tome de [la bande-dessinée] adapter à l’écran ? La réponse est “aucun”. » Cette adaptation a donc pour objectif de rester pertinente, actuelle et de capturer l’esprit de l'œuvre d’origine ; si elle parvient à faire plaisir au fans de la première heure, c’est du bonus.
Patrick Sobral a été très impliqué dans la fabrication du long-métrage, dès la phase de pré-production : c’est lui qui a conseillé et autorisé Antoine Schoumsky à redéfinir ses personnages, en plus d’être présent lors de l’écriture du scénario. « Nous nous devons de ne pas décevoir les fans. Pour autant, l’idée d’un film familial est de plaire aux petits comme aux grands. Certes, la “marque” sécurise, mais nous devons toujours envisager les choses comme si elles n’étaient pas connues. Nous allons donc aller chercher ceux qui ne connaissent pas les Légendaires, et en faire un film d’animation à part entière, dont les parents seront aussi prescripteurs que les enfants. C’est simple, il y a les fans ; allons chercher tous les autres ! », explique David Baudry, président de Pan Européenne dans le magazine Box Office n°506.
Dans le cas de figure du film Les Légendaires, le long-métrage se veut au plus proche de la série d’origine puisque l’auteur y a lui-même contribué. Nathalie Gastaldo Godeau, la productrice est elle-même une admiratrice de la bande-dessinée de Patrick Sobral. Ces deux arguments devraient à eux-seuls rassurer les fans les moins convaincu·es, même si bien sûr le style visuel peut légitimement retenir certains fans de s’identifier.
| INTERVIEW |
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| À l’occasion de la sortie en salle du film Les Légendaires, nous avons eu l’opportunité d’assister à une avant-première et d’échanger avec Patrick Sobral, créateur de la BD adaptée en long-métrage d’animation, et Guillaume Ivernel, réalisateur du film. Ils reviennent pour nous sur les multiples défis d’adaptation et de production, désireux de séduire autant les fans de la première heure que le public international. |
| 🔗 Consultez la page de l'interview |
Les Légendaires est un exemple d’adaptation d’une œuvre d’un médium à un autre qui soulève bon nombre de questionnements notamment dans le milieu du cinéma : est-ce que le futur long-métrage doit respecter à la lettre le support d’origine dont il est issu ? Doit-il au contraire devenir totalement autre chose afin de proposer une nouvelle histoire adaptée au cinéma ?
Ne l’oublions pas, une adaptation cinématographique doit transposer l'œuvre de l'auteur·ice, mais elle peut être aussi un moyen d’expression de son/sa réalisateur·ice, d’y insérer son style et sa pensée artistique tout en respectant le matériau d’origine. Guillaume Ivernel, le réalisateur du long-métrage Chasseur de Dragons a su marquer les esprits par son style et son parti-pris. Ainsi dans son nouveau film, on ressent beaucoup dans les designs et dans les décors ce côté aventure fantasy déjà présent dans la bande-dessinée Les Légendaires, mais qui est ici poussée au centuple. Cet imaginaire doit aussi beaucoup au travail de character designer de Valérie Hadida, qui était également intervenue sur Chasseurs de Dragons. Les nouveaux designs répondent à merveille à l’intention du film, en posant les bases pour une aventure épique et nouvelle, inspirée par le Seigneur des Anneaux ou encore Dragons, tous deux cités lors du panel dédié au film à Annecy, en 2024.

Si les fans les plus tatillons souhaitent une transposition exacte des designs et du style de la bande-dessinée, il existe la série d’animation développée par TF1 en 2018. Bien que chaque épisode raconte une histoire inédite, non adaptée de la bande-dessinée, les designs des personnages sont très fidèles à l'œuvre originale.
| Comparatif des personnages de la série d’animation et la bande-dessinée | |
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Le monde d'Alysia n'a jamais été aussi riche
Alors que le film a fait débat sur ses visuels, qu’en est-il du résultat fini sur grand écran ?
Tout d’abord, le long-métrage a été conçu sous Unreal Engine. Ce moteur de jeu vidéo donne une nouvelle dimension à l’univers créé par Patrick Sobral : si la BD était colorée, avec beaucoup d'aplats de couleurs, le monde des Légendaires prend vie d’une toute autre façon grâce au moteur graphique. Alysia est saisissante de réalisme et représente un juste équilibre entre fantasy et SF, magie et machineries, rappelant par exemple Final Fantasy VI. Les décors sont sublimes et les changements d’environnements tout au long du film donnent aux spectateur·ices la sensation d’un monde varié, vivant et crédible. On y découvre de nombreux lieux qui possèdent chacun leur identité propre, tels que des forêts mystérieuses, Oroban (la ville fortifiée), Orchidia (d'inspiration arabe) ou encore Astria (le monde des elfes).
| Exemples de décors réalisés avec l’Unreal Engine © Pan 2024 |
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Le réalisme se cache même dans les plus petits détails : le poids de l’armure de Danaël, le métal froid des épées et des machineries ou encore le cuir des vêtements tanné sont autant d’éléments qui prennent vie et ancrent l’univers dans une matérialité bien palpable pendant le visionnage. Les effets spéciaux sonores et visuels, tels que l’eau, la lumière, les éclairs, la magie adoptent aussi un comportement réaliste qui renforce la crédibilité de cet univers.
| Des textures travaillées qui renforcent la crédibilité de l’univers © Pan 2024 |
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Les mouvements de caméra permettent de saisir le gigantisme des décors grâce à des contre-plongées et plans-séquences. La caméra suit aussi les personnages au plus proche de l’action pour permettre un meilleure référentiel aux spectateur·rices et permettre ainsi une meilleure immersion.

Alysia est un monde d’autant plus tangible grâce aux compositions de Cécile Corbel et Simon Caby. Elles subliment cet univers et chaque recoin du monde possède ainsi une atmosphère unique. Les compositeur·rices ont été créatif·ve dans le choix des instruments, en faisant appel à un orchestre symphonique traditionnel, des chœurs, mais aussi d’autres instruments plus originaux comme l’ocarina, l'erhu ou encore le mbira. Cette variété permet d’installer des atmosphères musicales plurielles dont chacune épouse la culture ou la biodiversité du paysage. L’illustration la plus concrète de cette richesse instrumentale est le titre Arbores Elementa qui possède une atmosphère mystique poignante.
Enfin, les designs des personnages s'intègrent parfaitement dans cet univers. Ils sont à la fois un hommage aux designs originaux de la BD mais sont aussi à l’image de ce film, qui pousse plus loin le curseur de la fantasy et de la SF. Adapter strictement les personnages de la BD dans ce nouvel environnement aurait sonné faux comparés à ces décors ultra-réalistes.
| Shimy, un design revisité pour le film | |
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Un cocktail de personnages bien équilibré
Les personnages sont la force du film. Véritables super-héro·ïnes d’Alysia, tous·tes possèdent une caractéristique unique qui permet immédiatement de les identifier : Danaël est le chevalier à l’épée d’or magique, Gryf est un jaguarian dont les griffes peuvent déchirer le métal, Razzia est un véritable force de la nature, Jadina est une princesse magicienne et Shimy, une elfe élémentaire capable de maîtriser l’eau et la terre.
Malgré leur héroïsme, les Légendaires sont traité·es comme des parias depuis l’accident Jovenia car on les juge, à tort, responsables du mauvais sort qui a frappé Alysia. Iels sont obligé·es de se séparer et de faire profil bas. Le film présente à merveille les conséquences de cette opinion publique défavorable sur les personnages.
- Danaël, bien que courageux, a du mal à retrouver confiance en lui
- Jadina, confinée au palais royal d’Orchidia, bouillonne de colère et d’ennui à cause de sa solitude
- Gryf, dernier des jaguarians, cherche les traces de son passé et a une peur terrible de l’abandon
- Shymy, bannie de son royaume, s’est construit une carapace de cynisme et se détache des autres pour ne plus souffrir
- Razzia, à la force spectaculaire, est maintenant devenu coach en positivisme et en relaxation pour réhabiliter des criminel·les
Le film prend le temps d’introduire et d’établir efficacement chaque personnage en quelques minutes. C’est une réussite de narration et de montage, en particulier l’introduction de Razzia qui permet de saisir tous les aspects de sa personnalités en seulement quelques minutes.

Lorsque leurs retrouvailles arrivent, l'alchimie des personnages est à son paroxysme. On ressent leur proximité et leur affection, grâce aux dialogues, bien qu’ils aient perdu leurs habitudes en tant que groupe. Leur amitié est palpable, ce qui fait que læ spectateur·rice s’attache immédiatement à elleux.
Chaque comédien·ne derrière un·e Légendaire est très bien choisi·e. Antoine Schoumsky saisit parfaitement le côté espiègle et comique de Gryf en plus d’apporter une grande sincérité dans les moments de doute du personnage. Esthele Dumand correspond parfaitement à Jadina et incarne à merveille son côté rebelle et son sérieux. Thomas Sagols parvient à saisir toutes les nuances de Razzia et à reproduire parfaitement son zozotement, étant tantôt la voix de la sagesse du groupe, tantôt le plus bagarreur.
Si certain·es pouvaient avoir peur du jeu Roman Doduik avec l’argument du star talent en tant que Danaël, le jeune humoriste sonne juste en tant que chef des Légendaires. Bien que ce soit l'une de ses premières expériences en doublage, le travail de direction de Céline Ronté, la directrice artistique, a porté ses fruits. Il faut saluer aussi le travail d’Elise Tilloloy, qui double le personnage de Shimy et qui a saisi le personnage à merveille bien que ce soit son premier doublage.
Mais que serait un groupe de héros sans sa némésis ? Darkhell est un antagoniste très réussi. Le Sorcier Noir est un véritable adversaire qui pose de nombreuses difficultés aux Légendaires, grâce à sa magie noire, sa ruse et sa malveillance. Damien Witecka, par son jeu d’acteur, rend Darkhell terrifiant et en fait un villain marquant du cinéma d’animation. Il est plaisant de voir ce type d’antagoniste manichéen, qui jubile de méchanceté, que beaucoup de films d'animation aujourd’hui n’osent plus employer.
Les ambitions de Darkhell sont terrifiantes, déployant une politique totalitaire et écocidaire, qui sont autant de menaces auxquelles doivent faire face Les Légendaires en s’unissant. Ce sont des thématiques très courantes dans les films d'animation mais elles sont bien traitées dans le scénario du film, ce qui est toujours le bienvenu dans notre époque en proie à une internationale fasciste.

| — Début de la partie spoiler — |
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La menace principale du film, incarnée par Ibycellia, malheureusement manipulée par la magie noire de Darkhell, illustre justement ses thématiques. Grâce à celle-ci, Darkhell fabrique des parasites, qui transforment quiconque sous son emprise en un être violent dénué de raison, obéissant au doigt et à l’oeil du Sorcier Noir. Ces parasites sont une belle métaphore du fascime, celle d’une conscience endormie et en proie à une violence sans nom, obéissant aveuglément aux ordres comme un zombie.

| — Fin de la partie spoiler — |
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Les Légendaires, le film d’animation français qui ouvre le bal des sorties cinéma
Les Légendaires de Pan Européenne fait le pari d’une adaptation qui certes ne séduira pas tous·tes les fans, mais qui atteint ses objectifs. D’une part, elle est au plus proche de l’esprit de la BD, dans ses intentions et dans sa conception ; d'autre part, le film laisse s’exprimer la patte et les techniques de son réalisateur. Ce parti-pris permet de bâtir une nouvelle histoire qui pourra plus facilement séduire une audience élargie, parents comme enfants, néophytes comme connaisseur·euses.
Avec l’Unreal Engine comme moteur graphique, l’univers fantasy des Légendaires est sublimé comme on ne l’a jamais vu dans les BD. Le jeu d'acteur·ice des comédien·nes français parvient parfaitement à insuffler de la personnalité aux Légendaires, ce qui les rend immédiatement mémorables et attachant·es. Enfin, les thématiques abordées dans le film s’imbriquent à merveille dans l’univers des Légendaires.
Avec ce long-métrage, Pan Européenne signe une adaptation audacieuse et réussie, qui ouvre le bal des sorties des films d’animation 2026 en plaçant la barre très haut.
- Boxoffice Pro n°506 – 17 décembre 2025 https://www.boxofficepro.fr/magazine/boxoffice-pro-n506-17-decembre-2025/
- Wiki Les Légendaires – https://leslegendaires.fandom.com/fr/wiki/Wiki_Les_L%C3%A9gendaires



















