XiaoHei, le héros du film

Longtemps restée dans l’ombre du Japon, l’animation chinoise semble enfin avoir terminé sa mue. Les artistes chinois ont longtemps cherché un « style » propre et en parallèle l’industrie et les financements se sont consolidés, de sorte à accoucher de succès domestiques gigantesques, ayant aussi percé à l’international : Ne Zha 2, Monkey King: Hero is Back, et à présent The Legend of Hei I & II. Comment a émergé cette industrie de l’animation chinoise, quelles en sont ses spécificités et comment The Legend of Hei tire son épingle du jeu ?



🍿🎥 Comment visionner les deux longs-métrages ?
The Legend of Hei 2 sera projeté exclusivement en France les 23 et 25 avril, alors dépêchez-vous de rattraper le 1er film sur la plateforme ADN et foncez prendre votre place au cinéma !

À propos de l’animation chinoise

Tout comme l’animation américaine et japonaise, l’animation chinoise possède une longue histoire qui remonte au début du XXème siècle, avec un premier long métrage en 1941 : Princess Iron Fan, directement inspirée de Blanche Neige de Walt Disney (1937). Des œuvres comme Havoc in Heaven (1961) sont considérées comme des classiques absolus qui constituent les bases visuelles de l’animation chinoise : un trait léger tout en restant solide, un mouvement maîtrisé, une alternance du vide et du plein soigneusement travaillée, et un usage équilibré de la couleur. Malheureusement, la révolution culturelle opérée par Mao Zedong en 1966 fait voler en éclat toute l’industrie de l’animation qui mettra des années à s’en relever. Au même moment au Japon, l’industrie n’a jamais été aussi puissante : Osamu Tezuka vient de lancer sa société de production (Mushi Production) en 1962 et Astroboy ⁽¹⁾ fait ses débuts à la télévision japonaise l’année suivante. Alors, de manière similaire à ce qu’il s’est passé en France avec Récré A2 puis le Club Dorothée, le gouvernement chinois achète des programmes japonais pour remplir ses grilles horaires, n’ayant pas les capacités pour produire de l’animation en quantité sur son sol. La Chine rentre alors dans une spirale pendant plusieurs décennies, où elle reste bloquée dans l’ombre du Japon, se contentant d’importer des programmes sans jamais pouvoir développer sa propre industrie, restant seulement un lieu de sous-traitance low-cost pour les productions occidentales et japonaises et forgeant cette réputation qui lui collera pendant des années de « Made in China », associée à un produit de qualité moindre.

Havoc in Heaven (大鬧天宮, 1961-1964 film) Cel Animation Art - The Seven Fairies (七仙女) 

En 2008, le gouvernement semble se ressaisir et lance son propre programme « Cool China » ⁽²⁾ avec pour but d’investir dans son industrie du divertissement en tant que nouvel outil de soft-power, organisé autour du triptyque ACG : Animation, Comics, Gaming. C’est à ce moment-là que le gouvernement chinois a aussi commencé à appliquer une sorte de protectionnisme culturel, en limitant l’import des séries étrangères, de manière à réduire la pression exercée sur les studios domestiques afin qu’ils puissent se concentrer sur la créativité sans avoir à se soucier de la viabilité commerciale. ⁽³⁾

En parallèle, des entreprises commerciales commencent à investir dans l’animation, Beijing Enlight Media a ainsi participé à la production et à la distribution de plusieurs succès au box-office : Fish & Begonia (Liang Xuan et Zhang Chun, 2016), Nezha (Jiaozi, 2019) et Jiang Ziya (Cheng Teng et Li Wei, 2020). ⁽⁴⁾

En 2016, on dénombre pas moins de 149 investissements dans l’animation chinoise, pour un total de 4.6 milliards de RMB soit environ 589 millions d’euros. ⁽⁵⁾ Monkey King: Hero Is Back (2015) rapportant à lui seul au box-office 956 millions de RMB.

Ces récents succès sont le fait des enfants de la génération des années 1990, des enfants qui ont grandi avec une profusion de programmes TV de tous les pays et qui ont vu l’arrivée d’internet. C’est donc aussi une génération d’autodidactes qui a eu accès à des logiciels qu’on pouvait faire tourner sur un simple PC familial, comme Jiaozi, le réalisateur de Ne Zha, qui a appris tout seul à se servir d’Autodesk Maya, logiciel professionnel d’animation 3D.

Malgré tout, Ne Zha et les autres films cités plus haut restent des grands hits de gros studios, avec des structures de récit très compatibles à l’international et un visuel 3D à la mode. Mais en parallèle de ce mouvement, on voyait aussi émerger les vrais punks de l’animation 2D digitale, ceux qui ont fait leurs classes avec Adobe Flash.

Ne Zha 2 - 2025 -  Yu Yang (Jiaozi)

La révolution Flash animation

La comparaison musicale ne vient pas de moi, mais du chercheur Weihua Wu, qui cherchait à expliquer le phénomène générationnel et l’impact de l’arrivée de Flash au début des années 2000 : « Les films chinois underground et la musique rock’n’roll étaient jadis une expression de passions rebelles […] mais aujourd'hui, ces passions s'expriment par l'intermédiaire des images Flash ». ⁽⁶⁾

C’était déjà un phénomène aux Etats-Unis mais ça l’a été encore plus en Chine, où le logiciel d’Adobe a véritablement créé une nouvelle ère de l’animation. Les “Flashers” (闪客) portaient sans peur la voix d’une nouvelle génération. Vous avez peut-être grandi avec la série d’animation Xiao Xiao et ses fameux « bonhommes bâtons » qui se battaient dans une avalanche d’acrobaties délirantes ! Zhu Zhiqiang, l’animateur/réalisateur, cite d’ailleurs parmi ses références les films d’actions hongkongais, Jackie Chan et Dragon Ball. ⁽⁷⁾

Extrait de l'épisode Xiao Xiao 7 de l'animateur Zhu Zhiqiang

Avec Flash, tout le monde avait la possibilité d’exprimer ses sentiments, de partager ses idées et même de se forger une carrière artistique, l’animation étant à présent à portée de tous·tes. Ce qui est intéressant avec ce logiciel, c’est aussi sa versatilité. En premier lieu utilisé pour sa prise en main facile et la légèreté de son format d’exportation, il est toujours utilisé aujourd’hui par des professionnels de l’animation et sur des longs métrages ! Il n’y a qu’à voir le succès d’Amélie et la métaphysique des tubes, nominé aux Oscars.

Le réalisateur de The Legend of Hei, Ping Zhang (ou MTJJ) fait partie de ces « punks de l’animation », ces enfants de la TV et d’internet qui ont commencé à partager leurs clips et GIFs animés sur Flash Empire (la plateforme de référence chinoise pour le format .SWF au début du siècle). Alors qu’il travaillait au studio B&T (studio responsable de l’un des gros succès du second boom de l’animation Chinoise : Big Fish and Begonia en 2016), il recueille en 2009 un petit chat noir des rues, qu’il prendra en affection et qui lui donnera l’idée de développer sa web-série : The Legend of Luo Xiaohei. ⁽⁸⁾ Il publie dès le début sur des plateformes comme Bilibili (2009) et Youku, des services de streaming similaires à YouTube qui ont permis le développement de cette culture ACG auprès du grand public. Petit à petit, l’équipe de Zhang grossit, alors qu’en parallèle le studio B&T fait face à des difficultés financières. Le réalisateur quitte alors le studio et se lance à plein temps sur sa série, monte son propre studio d’animation (Han Mu Chun Hua : HMCH) afin de pouvoir accueillir le développement d’un long métrage dès 2015, pour finalement sortir en 2019 The Legend of Hei. Le film fera un carton au box-office, avec des recettes à hauteur de 43 millions de dollar. ⁽⁹⁾

The Legend of Hei : La nouvelle vague de l’animation (chinoise)

Encore un peu d’histoire

Le succès de The Legend of Hei est un peu l’aboutissement de tout ce revival de l’animation chinoise qui s’est longtemps cherché une spécificité, se demandant comment exister dans cette économie mondialisée de l’animation, comment définir sa « patte » et faire transparaître une esthétique « chinoise » à l’écran.

Longtemps l’animation chinoise est restée dans l’ombre des animes japonais, les Donghua (littéralement : « image en mouvement » en chinois, i.e. animation) étant vus comme un sous-produit de l’animation japonaise. Les plateformes de streaming, Netflix et Crunchyroll en tête, n’ont pas aidé en les rangeant dans la catégorie « anime », avant de les recatégoriser récemment sous l’étiquette « TV chinoise ». Ce cliché n’était que renforcé par des séries comme Quanzhi Fashi (2016), une des premières séries à avoir attiré l’attention à l’extérieur de la Chine, mais aussi à souffrir de la comparaison avec l’animation japonaise. ⁽¹⁰⁾

Big Fish & Begonia, sorti la même année, souffre de problèmes similaires. Malgré son petit succès au box-office (85 millions de $), le public chinois a été assez critique envers le film, rejetant une « présentation médiocre de la richesse de la culture traditionnelle chinoise », explique la chercheuse en littérature chinoise Chen Silin. ⁽¹¹⁾ On lui reproche notamment des problèmes de scénarios, une tendance au mélodrame, et ses inspirations très peu subtiles à la filmographie de Hayao Miyazaki. ⁽¹²⁾

Big Fish and Begonia - Xuan Liang et Chun Zhang -  2016

À l’inverse, une série comme Quanzhi Gaoshou (The King’s Avatar) sortie en 2017, évite le nationalisme étriqué pour parler plus largement de la culture populaire universelle, au-delà d’une culture d’un seul pays, pour toucher une audience plus vaste. La série a été la première à aborder la vie personnelle et professionnelle des joueurs pros d’e-sport, mêlant habilement univers fantasy in-game, et jeux d’alliances à l’extérieur. La force de King’s Avatar est de ne pas chercher à désespérément à « avoir l’air chinois », permettant à tous·tes les « gamers, fans de science-fiction et autre post-modernistes qui rejettent la notion d’esthétique nationaliste d’échapper ce grand narratif et tout simplement apprécier des films. »⁽ ¹³⁾

Enfin, la spécificité chinoise repose également sur sa maîtrise de l'animation 3D ; en cela, il s'agit d'une différence importante avec la japanimation.. Il faut alors citer To Be Hero X, véritable carton auprès des adeptes d’animes, diffusé sur la plateforme de Crunchyroll en 2025. La série mêle adroitement 2D et 3D pour obtenir le rendu très à la mode depuis quelques années, comme Spider-Man: Into the Spider-Verse et Arcane.

The Legend of Hei

Synopsis : Dans un monde où humains et créatures surnaturelles vivaient autrefois en harmonie, Xiao Hei, un adorable esprit félin, voit son refuge anéanti par l’expansion de la civilisation humaine. Contraint de quitter sa forêt natale, il entame un long périple à la recherche d’un nouveau foyer.

Dans ce contexte, The Legend of Hei arrive avec une approche plus subtile que Big Fish & Begonia. Déjà graphiquement, dans le prolongement des classiques de l’âge d’or comme Havoc in Heaven (1961), The Nine-Colored Deer (1981) and Lotus Lantern (1999), il s’inscrit bien en opposition à la photographie flashy, aux couleurs saturées remplies de particules et autres effets de flare très à la mode dans la japanimation actuelle (Demon Slayer en tête, Chainsaw Man: Reze, Strange: Fake.) Ici, les tons sont plus sobres et l’équilibre des couleurs conçu avec précaution.

Les designs sont simples, peu texturés et pourtant les visages sont très expressifs ; les moments de comédie fonctionnent super bien et les moments dramatiques sont également très touchants. La 3D est très peu présente à l’image, seulement pour simuler des foules,  les bâtiments ou les voitures, toujours dans ce souci d’économie. Le budget se retrouve donc à l’image avec de somptueux décors et une très bonne animation de personnage en 2D digitale.

The Legend of Hei  ©2019 Beijing HMCH Anime Co.,Ltd

Le film s’en sort avec un budget de 35 millions de yuans, soit environ 4 millions d’euros, ce qui correspond plutôt à la tranche basse de ce qui se fait en long métrage d’animation français (Arco, César 2026 du long métrage d’animation, a coûté environ 10 millions d’euros) ; mais avec un coût du travail moindre en Chine, cette différence semble logique. Qui plus est, malgré ses nombreuses scènes d’actions dynamiques styles « sakuga », le film bénéficie aussi de beaucoup de scènes calmes (la moitié du film nos héros la passe sur un radeau), ce qui permet d’allouer plus de ressources aux moments clefs.

Ensuite, dans la narration, plutôt que de forcer l’intégration d’un folklore chinois, l’identité chinoise du film transparaît plutôt à travers des motifs visuels et des structures de récit. Et au lieu de se focaliser sur la quête introspective de Xiao Hei, comme dans le mythe campbellien occidental, le film alterne entre les protagonistes : enfants/adultes, démons/humains, le faible/le fort, etc. De cette façon, le film dépeint plutôt les trajectoires de différents individus au sein de systèmes asymétriques.

Profondément opposé à tout manichéisme, The Legend of Hei n’impose pas de conception du bien et du mal, ni à son spectateur·ice ni à son jeune héros. : il les laisse constamment faire leur propre jugement. Fengxi recueille tout d’abord Xiao Hei et lui offre un foyer et une famille, puis Wuxian entre en scène et enlève cette nouvelle famille à Xiao Hei, mais pour quelle raison ? Qui est vraiment l’antagoniste dans cette histoire ? Les perspectives changeront au fur et à mesure du film. Wuxian ne cherche pas à influencer, il lui demande « Tu sais faire la différence entre le bien et le mal ? », « Xiao Hei répond « Bien sûr ! Fengxi n’est pas méchant, et toi non plus… » On peut y voir une certaine sensibilité est-asiatique, une attention aiguë au conflit pris dans un réseau dense de relations, couplées avec une extrême précaution à l’égard des solutions définitives. [14]

The Legend of Hei - ©2019 Beijing HMCH Anime Co.,Ltd

A ce titre, Fengxi semble coller à l’archétype théorisé par Benjamin Patinaud dans son essai « Le syndrome Magnéto », des figures d’antagonistes créées pour encourager læ spectateurice à questionner son éthique. Au vu de la répression subie par les mutants à cause des humains, ne semble-t-il pas légitime d’abandonner l’idée de faire société avec eux, et seulement vivre entre mutants ? De la même manière, Fengxi a été témoin des ravages de la société industrielle sur le monde des démons et veut à présent créer un paradis pour les démons à l’abri des humains. Mais si la création de ce paradis requiert des sacrifices, où place-t-on le curseur de la moralité ?

Le célèbre adage de Mary Shelley revient alors en mémoire « Aucun homme ne choisit le mal parce que c'est le mal ; il le prend seulement pour du bonheur, le bien qu'il recherche. »

Introduite dans le premier film pour être davantage développée dans le second, la Guilde représente une troisième voie plus tempérée, une recherche de compromis. Avec ses exécuteurs, elle chasse les démons renégats qui sont devenus hostiles aux humains. Elle protège le monde des « mauvais » démons, comme le Professeur Xavier protège le monde et les humains des « méchant·es » mutant·es.

Dans le premier film, on apprend que tous ne rejettent pas la technologie humaine, « certains sont même devenus accros aux smartphones ». Dans le second, le chef de guilde explique que « la coexistence avec les humains représente le futur » : les humains ont forgé de nouvelles voies avec les technologies et si les démons ne veulent pas rester à la traîne, ils doivent embrasser ce changement eux aussi.

C’est en quelque sorte une conclusion similaire à celle que nous livrait Takahata dans Pompoko presque 30 ans plus tôt. Ainsi , pour dépasser l’opposition Nature (représentée par les traditions, le folklore, les esprits) et Culture (la société humaine), il faut savoir « vivre avec son temps ».

La coexistence ne peut être atteinte qu’avec une approche proactive de responsabilité du plus fort qui guide la société vers la stabilité. « L’approche rationnelle et tempérée protège les plus fragiles et maintient les relations tout en évitant les confrontations trop extrêmes et la rigidité idéologique, appuyant l’importance de conserver des relations éthiques au sein de la complicité de la société chinoise contemporaine. » ⁽¹⁵⁾

The Legend of Hei 2

Les mauvaises langues verront dans ce second opus une simple redite du premier : Xiao Hei (chat démon), qui maîtrise à présent ses pouvoirs grâce à son apprentissage auprès de son shifu Wuxian (un humain), va devoir partir enquêter pour l’innocenter, car un terrible complot cherche à le faire accuser d’avoir massacré un sanctuaire démon. À la racine de ce film, on trouve donc le prolongement de la réflexion entamée dans le premier sur la coexistence entre humains et démons et sur la protection d’une Nature sacrée par un antagoniste aux méthodes radicales.

Mais la nouveauté de ce Legend of Hei 2, c’est l’arrivée d’un nouveau personnage : Luye. En effet, Hei ne sera pas seul pour mener l’enquête, et ce nouveau thème fait basculer le métrage du film de quête introspective vers le genre du policier. L’enquête qu’iels vont mener est d’ailleurs l’occasion de développer le world building : on comprend mieux le fonctionnement de cet univers, ses codes, les relations entre la Guilde et les autres parties prenantes, et on voit même des humains travailler au sein de cette institution.

The Legend of Hei 2- ©2025 Beijing HMCH Anime Co.,Ltd

Luye est la première apprentie que Wuxian a prise sous son aile ; elle est encore plus froide et taciturne que son maître (une véritable tsundere, si vous me passez la comparaison avec la japanime). Archétype de la badass girl, son mauvais caractère n’est pas motivé par une quête de vengeance, malgré un passé tragique révélé lors d’un flash-back. Elle n’est ni un simple personnage surpuissant, ni ne revêt un simple rôle symbolique. Le film construit un personnage complexe, qui lutte constamment avec des dilemmes moraux, arbitrant entre les ordres venant de l’institution démonique et ses croyances personnelles. Elle incarne cette figure de femme forte mais a aussi le droit de se montrer vulnérable : en alternant les deux positions, le film parvient à éviter la caractérisation binaire du personnage féminin, et lui confère sa propre agentivité et autonomie.

Du côté technique enfin, on a toujours le droit à des séquences d’action d’anthologie, avec une caméra ultra dynamique et une animation à l’image (24 dessins par seconde) pendant toute la séquence. Le film monte encore d’un cran par rapport au premier, avec notamment deux passages mémorables : l’un digne d’un film d’action hollywoodien à gros budget avec un combat en plein ciel sur un avion, et l’autre mettant en scène plus de 30 combattant·es en même temps. En parallèle, les scènes plus calmes (de dialogues notamment) ont elles aussi bénéficié d’une nette amélioration ; les actions en arrière-plan sont plus vivantes, plus réalistes, permettant de distinguer une vraie société autonome derrière nos personnages principaux. Pour donner une point de comparaison, le film contient plus de 200 000 dessins, alors que Redline (2009), une référence d’animation 2D traditionnelle exceptionnellement fluide, qui lui aussi a mis plus de 6 ans à voir le jour, n’en contient que 100 000 ! Pour supporter ce gain technique et visuel, le budget du film a quasiment doublé, atteignant 60 millions de Yuan, soit environ 9 millions d’euros. 

The Legend of Hei 2 - ©2025 Beijing HMCH Anime Co.,Ltd

The Legend of Hei a toutes les qualités d’un grand film et le potentiel de trouver sa place sur la scène internationale. Émotionnellement ancré dans un contexte est-asiatique, il délivre un message qui transcende les langues et les frontières, en abordant l’identité, le refus de la guerre, la recherche de compromis et les moyens de coexister entre les peuples. À cela s’ajoute un artisanat de l’animation 2D qui vient porter ce message, reflétant toute la singularité et la créativité humaine qu’il peut contenir. Si le public français parvient à passer la barrière de langue et le stigmate de l’animation jugée pour enfants, il découvrira un film d‘une richesse thématique et d’une beauté plastique qui n’a rien à envier aux habituelles premières places du box-office.

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Par Kyuu