Le grand mechant renard

Avec sa douceur visuelle, son humour à la française et ses thématiques familiales, "Le Grand Méchant Renard et autres contes" nous fait passer un agréable moment. En adaptant trois contes issus des bandes dessinées, le long-métrage donne à voir tout le savoir-faire et l'artisanat français en matière de cinéma d'animation tout public.



Le Grand Méchant Renard et autres contes est un film d’animation familial franco-belge réalisé par Benjamin Renner et Patrick Imbert, sorti en 2017 et animé par le studio français Folivari. Le film est un assemblage de 3 contes : Un bébé à livrer, Le Grand Méchant Renard et Il faut sauver Noël.

"Ceux qui pensent que la campagne est un lieu calme et paisible se trompent, on y trouve des animaux particulièrement agités, un Renard qui se prend pour une poule, un Lapin qui fait la cigogne et un Canard qui veut remplacer le Père Noël. Si vous voulez prendre des vacances, passez votre chemin…”

Des contes à la française

Une douceur visuelle

Le grand méchant renard et autres contes nous fait plonger dans un univers d’une grande douceur visuelle - un univers propre à la bande dessinée française. Normal, le film est une adaptation des bandes dessinées de Benjamin Renner : Le grand méchant Renard, Un bébé à livrer et Il faut sauver Noël. Nous sommes immergés dans de l'aquarelle, des tracés vivants et des formes ouvertes d’où les couleurs ne s’échappent pas. Les dessins sont simples, épurés de tout effets superflus et tape à l'œil, et sont ainsi très tendres.

Telle une véritable case de bande dessinée.

Cette simplicité est aussi présente dans la narration. Le film revisite des histoires assez classiques et connues, reprises dans d’autres films — le principe du bébé à livrer (Cigognes et compagnie, 2016), le grand méchant “loup, renard, ou autre prédateur” pas vraiment méchant (Les Bad Guys, 2022) et le principe de sauver la fête de Noël (L’étrange Noël de Monsieur Jack, 1993). Benjamin Renner ne se contente pas de reprendre seulement des histoires déjà vues, il leur ajoute une dose de modernité dans leur traitement, dans leurs thématiques. Nous avons alors un renard dans une situation de garde partagée avec ses enfants et une où rapporter un enfant devient une leçon sur le lâcher-prise. Chaque histoire a son identité et n’est pas juste une redite creuse.

Personne ne fait confiance au renard.

Un humour à la française

L’un des points forts du film est sans nul doute son humour.

Sa structure même se repose sur un principe simple, ludique et très amusant pour les enfants (et les adultes) : le film est une représentation de théâtre présentée par les animaux de la ferme et chaque conte est une pièce dont les animaux sont les acteur·ices.

Ce n'est pas une tâche aisée de s'occuper d'un bébé.

Il présente un humour très “français”, celui des râleurs, des colériques, des nerveux. On retrouve des ressorts humoristiques typiques des comédies populaires françaises : les trio/duo du colérique intelligent et des idiots bien intentionnés — le trio du cochon, du canard et du lapin font immédiatement penser au duo du roi Arthur et Perceval dans la série Kaamelott — l’incompétent avec des responsabilités trop grande (les gaulois d’Asterix), etc.

Même si le film présente également du comique de situation, un peu de slapstick, les personnages du film sont les principaux moteurs de la comédie. Ils sont drôles, attachants  et les comédiens de doublage arrivent à insuffler une énergie à leurs échanges, leurs répliques, simplement parfaites.

Le grand méchant renard et le grand méchant loup.

Bien que l’humour soit simple (le public visé reste les enfants), il n’est pas pour autant bêta. Le film ne s’appuie sur un montage frénétique et des blagues faciles pour capter désespérément l’attention des enfants et les garder scotché·es devant l’écran. L’humour est assez universel, bien construit et pourra faire rire petits et grands. 

 

Des contes de Noël

Le Grand Méchant Renard et autres contes est composé de 3 histoires, dont la dernière se différencie des deux autres sur un point : c’est un conte de Noël (Il faut sauver Noël). Cependant, comme les autres histoires ne partagent pas cette caractéristique, la nature du film est incertaine : doit-on le considérer comme un film de Noël ?

L’imagerie de Noël dans notre société est tellement forte qu’il est difficile de dissocier de cette période quoi que ce soit qui connote cette fête, surtout quand cela touche le public enfant. Un film possédant une histoire de Noël nous semble alors appartenir automatiquement à la catégorie film de Noël.

Un noël à la ferme.

Cela nous pousse à nous questionner sur ce qui fait qu’un film peut être qualifié de « film de Noël ». Dans la culture dite occidentale ou chrétienne, cette fête est traditionnellement associée à une période de paix et d’amour, et est vendue en masse en tant que telle. Les films de Noël se retrouvent alors à promouvoir des valeurs positives de famille, de générosité, d’entraide et de tolérance. Ce sont des thématiques que l’on retrouve dans les deux autres contes du film — Un bébé à livrer et Le Grand Méchant Renard. Nous pourrions alors suggérer que même si les deux contes ne possèdent pas le “marketing visuel” typique de Noël (le père Noël, les cadeaux, etc.), ils en partagent les mêmes valeurs — somme toute, c’est le plus important.

Toutefois, n’oublions pas que le film est à destination des enfants. Les valeurs de Noël (l’amour, la famille, la générosité, etc) sont, en définitive, des valeurs assez universelles. On les retrouve dans de nombreuses œuvres à leur destination, sans rapport avec Noël. L’imagerie de cette fête est donc importante pour que, du point de vue de son public visé, le film appartienne à la catégorie des films de Noël. A partir de ce moment, pour être un film de Noël, le film devrait être plus frontal sur la thématique, et plonger véritablement dans l’imagerie de Noël pour toutes ses histoires.

Un nouveau Père Noël en ville. 

Bien que ce questionnement n’entache pas les qualités du métrage. Il nous fait juste hésiter sur l’objectif du film : se veut-il être un film de Noël ? On est en droit de se le demander quand on voit la date de sortie du film au cinéma, le 21 juin 2017, qui tend à penser que le but n'était nullement de faire un film de Noël. Etre plus clair sur cet aspect aurait pu permettre au film d’avoir plus d’impact.


Pour conclure, Le Grand Méchant Renard et autres contes est très agréable à regarder, pour enfant comme pour adulte. Il met à l’honneur le savoir-faire et l’humour français. Et bien que la thématique de Noël du troisième conte déstabilise un peu, le film rafraîchi par la simplicité et l'efficacité de son écriture et de son dessin. C’est un film à voir pour se détendre et passer un bon moment.

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Par Roxane