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Chez Pixar, nous avons personnellement vu des histoires magnifiques, emplies de personnages diversifiés, réduites en miettes après les critiques des cadres de Disney.
Alerte Rouge

Vous recherchez un vent de fraîcheur sympa à regarder ce week-end ? Alerte Rouge, j’ai peut-être ce qu’il vous faut !



Dernier film des studios Pixar, Alerte Rouge est le premier film d’animation réalisé par Domee Shi, sorti le 11 mars 2022 sur la plateforme de streaming payante Disney +. On y retrouve Mei Ling, une jeune fille sino-canadienne se transformant malgré elle en panda roux lorsqu’elle traverse de trop fortes émotions.

Un hommage aux années 2000 

En lançant ce film, les enfants des années 2000 pourront retrouver une atmosphère bien familière, à la différence peut-être de la fluidité de l’animation et de la qualité graphique des images qui défilent devant eux. Entre le boys band volontairement inspiré des Backstreet Boys (dont on retrouve un morceau dans le premier trailer du film), les Tamagochi et les tenues criardes des personnages, on se retrouve plongés dans une époque réconfortante, dont on devine qu’elle a été inspirée par la jeunesse de la réalisatrice et de l’équipe du film. On ressent en tout cas tout du long un amour pour l’univers et les personnages qui relèvent certainement de la création d’un premier film « plaisir ».

Après visionnage, le morceau « Nobody Like U » des 4Town, groupe fictionnel du film, risque bien de vous rester en tête pendant quelques jours, à l’instar des mèches de cheveux volant au vent de ses interprètes. Pas d’inquiétude pour les plus jeunes néanmoins, le dosage de nostalgie est équilibré, et n’empêche jamais de se plonger dans l’histoire.

 

Les traumatismes générationnels, nouveau thème pour Disney ?

Pour contrer les schémas classiques du protagoniste contre un antagoniste bien identifié, on a pu assister à de nouvelles intrigues dans les récents films d’animation jeunesse produits par Disney. Dans Alerte Rouge, comme dans Encanto, il n’y a pas de réel « méchant ». A la place, les parents et grands-parents sont présentés comme des antagonistes éphémères, qui s’opposent aux héros et héroïnes en raison de traumatismes intergénérationnels. Ici, la grand-mère de Mei Ling a toujours imposé ses choix à ses filles. La mère de Mei Ling répète donc inconsciemment ce schéma avec la sienne. Cette réinvention des thèmes classiques est toutefois un peu plus maladroite ici que dans Encanto : pour garder le film nuancé et accessible aux plus jeunes, les conflits opposant Mei Ling et sa mère sont soit des quiproquos, soit des conséquences involontaires des inquiétudes de l’une et de l’autre. La mère est globalement aimante et protectrice, et finalement la plupart des conflits peuvent être facilement réglés par une discussion. D’ailleurs, comme souvent dans les films d’animation Pixar, malgré une dispute spectaculaire, le dénouement est une fin heureuse, où toute la famille accepte les choix de Mei Ling sans concession. 

Pour moi, cela a posé quelques problèmes dans la caractérisation de la protagoniste du film, qui a été qualifiée par certains spectateurs sur les réseaux sociaux d’ingrate, ou encore d’égoïste. Cela n'est pas entièrement justifié, en revanche les actes de rébellion de Mei auraient pu être justifiées plus aisément si la mère s’était montrée moins compréhensive. Un point négatif selon moi, mais qui a aussi une influence positive sur le public visé. En effet, les enfants oseront, d’une part, plus facilement se confier s’ils peuvent espérer de la compréhension de la part de leurs parents, et d’autre part leur identification à Mei Ling peut amener un soulagement cathartique lors des scènes de rébellion de la protagoniste.

 

Des sujets presque matures

De la même manière, ce film aborde de nouveaux sujets, presque matures pour un Pixar. De la présence dans les dialogues et à l’images de discussions autour des règles et des protections hygiéniques, en passant par la représentation des premiers émois affectifs, y compris avec la présence d’une scène de flirt entre deux jeunes filles, ceux-ci allant aussi jusqu’à une forme de désir préadolescent envers des ados et jeunes adultes plus âgés… L’équipe de création du film a tenté d’aborder des sujets sérieux, avec de plus une diversité des cultures représentées à l’écran. 

La sensation que j’ai ressenti devant cette scène anodine est indescriptible, comme si je l’avais attendue depuis le début de mon adolescence.

Comme souvent avec les films pour enfants très regardés, cela a créé une polémique sur l’exposition de tels thèmes aux enfants spectateurs. De mon point de vue, ces sujets ne sont pourtant abordés qu’en surface, justement pour rester très appropriés aux familles. À ce sujet, les débats récents aux Etats-Unis autour du projet de loi concernant les Droits Parentaux à l’Education en Floride, renommé par ses opposants en projet de loi « Don’t Say Gay » (littéralement « Ne dites pas gay ») ont notamment fait émerger les conditions et discriminations de travail des professionnels de l’animation LGBTQ+, surtout chez Disney. Une lettre ouverte des employés Pixar atteste, outre les discriminations subies par les employés, d’énormes changements apportés aux projets initiaux des films d’animation examinés par les productions Disney :

« Chez Pixar, nous avons personnellement vu des histoires magnifiques, emplies de personnages diversifiés, réduites en miettes après les critiques des cadres de Disney. »

“We at Pixar have personally witnessed beautiful stories, full of diverse characters, come back from Disney corporate reviews shaved down to crumbs of what they once were,” the letter states. “Even if creating LGBTQIA+ content was the answer to fixing the discriminatory legislation in the world, we are being barred from creating it.”

Cette lettre affirme plus loin que les employés sont « empêchés » de créer une représentation LGBTQ+ dans leurs films, quelle qu’elle soit. 

Une cinéaste chez Pixar (@Andreagoh sur Twitter) confirme être heureuse de cette scène après avoir oeuvré pour une “part de représentation queer” dans le film.

Pour en revenir à Alerte Rouge, je pense que ces propos peuvent faire grandement écho à l’approche un peu superficielle des sujets abordés plus tôt, pas uniquement LGBT+. Tous sont ainsi correctement introduits, mais finalement peu explorés dans le film afin d'éviter de heurter les sensibilités des parents plus conservateurs. Quoi qu’il en soit, bien que discrète, cette représentation plus mature de la préadolescence a fait écho chez moi à mes premières découvertes, à la gêne d’avoir ses premières règles, à la création de fanfictions ou de fanarts difformes autour de mes premiers « ships ». C’était la première fois que je voyais ces sujets portés à l’écran, dans un film d’ animation ou non, destiné à la jeunesse.

Si je ressortais un cahier de maths de mes années collège, j’y trouverais les mêmes dessins !

 

Des héroïnes déjantées et attachantes 

Après le premier visionnage, ce qui reste surtout à l’esprit c’est l’extravagance de l’héroïne du film et de ses amies : Mei Ling, passant d’une émotion extrême à une autre ; Miriam, mature et meilleure amie bienveillante ; Priya, la fan de vampires gothique ; et enfin la plus explosive de toutes, Abby, avec ses excès de joie et de colère. Surtout efficaces comme quatuor comique, toutes fans d’un même boy’s band et présentes pour les doutes de leur amie, ces personnages ont aussi été pour moi l’occasion de me rappeler mes amitiés de collège, toutes aussi gênantes et essentielles. Chacune me rappelait des facettes précises d’amies que j’avais connues dans les années 2000 à 2015, avec leurs tenues colorées, leurs attitudes diamétralement opposées les unes aux autres, leur excitation débordante. 

L’humour du film a très bien fonctionné sur moi, et passe par des exagérations visuelles efficaces. L’animation des visages, particulièrement démesurée dans ce film par rapport aux normes des visages, surtout féminins, des autres Disney et Pixar, m’a frappée par moments, tant elle permettait des expressions faciales aussi surréalistes à l’image que proches de la façon dont on ressent ces émotions à cet âge. L’usage de la transformation en panda roux pour caractériser les accès de colère et les montées d’anxiété était une bonne manière d’aborder des sujets, encore compliqués, sous un angle plus léger. Là aussi, j’ai pu reconnaître mes premiers conflits avec mes parents et apprécier un peu plus la jeune fille colérique que j’avais été, plutôt que de la trouver enfantine et insupportable comme j’avais été tentée de le penser en grandissant. 

 

Mon avis

J’étais sans doute en grande partie la cible de ce film : une jeune femme ayant grandi dans les années 2000, avec des idoles, des désirs que je ne comprenais pas vraiment et un nom de code pour mon crush de l’époque… Certes, le film a quelques défauts, dont celui de ne pas être forcément très marquant, mais il m’a un peu fait l’effet d’un roman « tranche de vie ». Il m’a permis de rire et de m’évader dans un univers coloré le temps d’une soirée, ce qui est, au fond, tout ce que je lui demandais. Et franchement, toutes ces nouveautés et cette exubérance chez des personnages de jeunes filles héroïnes de leur propre film, ça fait du bien !

Espérons que Disney se rendra compte de la qualité des dernières productions Pixar, afin de pouvoir expérimenter des films aussi rafraîchissants au cinéma les prochaines fois, plutôt que sur Disney+

 

LES POINTS FORTS :

 +  Une ambiance années 2000 colorée, et une bande-son qui fonctionne

 +  Un scénario intéressant et des thèmes inattendus dans un Pixar.

 +  Des héroïnes aussi extravagantes que réalistes.

 +  Une animation toujours au top.


LES POINTS FAIBLES :

 -  Des thèmes et une intrigue principale explorés en surface.

 -  Une happy ending trop rapide.

 -  Une tranche de vie assez oubliable au sein de l’impressionnante filmographie Pixar.

 -  Si vous n’êtes pas la cible, le ton sur-énergique du film et de sa protagoniste peuvent agacer.

Source :
  • « Disney censors same-sex affection in Pixar Films, according to letter from employees », Adam B. Vary et Angelique Jackson, (mise à jour 2022, 9 mars), Variety, https://variety.com/2022/film/news/disney-pixar-same-sex-affection-censorship-dont-say-gay-bill-1235200582

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Par Lucartcy