Logo du film The Lord Of The Rings: The War Of Rohirrim

The Lord Of The Rings: The War Of The Rohirrim était l’un des projets les plus attendus du festival. Une file de fans impressionnante, serpentant jusqu’à dehors, sous la pluie. Andy Serkis, le fameux Gollum, entre sur scène sous un tonnerre d'applaudissements. Il présente avec entrain et confiance aux fans venu·es du monde entier jusqu’à Annecy le futur film d’animation, de la franchise Le Seigneur des Anneaux. Et pour finir, nous avons droit à un message d'ouverture de Peter Jackson lui-même, le réalisateur de la trilogie de films originelle. Tout semblait réuni pour une réussite, et pourtant, quelle déception !



Un style bien loin des concept arts

À notre grand étonnement, il a été choisi de faire de ce The Lord Of The Rings: The War Of The Rohirrim un animé japonais. Ce n’est pas une façon de parler. Le projet est réalisé par Kenji Kamiyama, un réalisateur japonais primé, qui a travaillé sur les séries Blade Runner: Black Lotus et Ghost in the Shell: Stand Alone Complex. 

Les premières minutes d’animation ont été une douche froide. Dès que les personnages se sont dévoilés devant nos yeux, la déception a été immédiate. Ce style, caractéristique des animés japonais, ne colle pas du tout à l’univers Le seigneur des anneaux. Il évoque tout un imaginaire, une culture, qui ne correspond pas à celui du médiéval européen de la saga. De plus, il manque clairement de personnalité. L’animation et le visuel ne sont pas mal faits techniquement, mais l’esthétique est extrêmement générique. Elle manque douloureusement de personnalité.

Concept arts initiaux du film (Crédits : Warner Bros. Pictures)

 

Les concept arts laissaient pourtant voir un style esthétique totalement différent, bien plus proche de l’esprit de la franchise. Ils semblaient même être la vision évidente de ce que ce film d’animation Seigneur des Anneaux devait être. L’écart entre les concept arts et l’esthétique finale du film est incompréhensible.

Images promotionnelles récemment partagées (Crédits : Warner Bros. Pictures)

 

One punch man

Il est difficile de prendre au sérieux un film quand l’élément déclencheur de cette fameuse guerre des Rohirrim provoque l’hilarité de la salle. Le fait que tous les événements tragiques, toutes les horreurs de la guerre, reposent sur un élément extrêmement bancal rend le scénario très faible. [Début spoilers] Cette guerre est déclenchée par la mort d’un seigneur rebelle qui après avoir fanfaronné et provoqué le roi du Rohan meurt d’un simple coup de poing de ce dernier, de façon très anticlimactic. [Fin spoilers]

De plus, la relation installée entre deux personnages principaux est étrangement futile, ce qui rend la tension, un élément qui sera important dans le scénario, tout aussi superficielle. Ce jugement n’est pas basé sur un extrait auquel il manque le contexte des scènes précédentes. L’extrait auquel nous avons assisté se trouve être les 30 premières minutes du film. 

[Début spoilers] L’héroïne et l’antagoniste principal du film, Wolph le fils du seigneur rebelle, ont eu une relation très proche dans leur jeunesse. Toutefois, il n’y a aucune scène qui nous montre la nature de leur relation, comme un flashback de leur enfance ou un échange de regard lourd de sens. Non, celle-ci a besoin d’être établie par du dialogue. Ce qui est un gros manque de subtilité et enfreint lourdement la règle du Show don’t tell (Montre, ne dis pas) mais qui colle bien aux codes des animés japonais. En outre, ces affaires de cœur semblent bien superficielles dans le monde du Seigneur des Anneaux. [Fin spoilers]

Pour un film Le Seigneur des Anneaux nous sommes en droit d’attendre un scénario solide. Alors le fait que ses bases soient aussi fragiles me rend très dubitative pour le résultat final. Même si on réprouve la direction artistique que prend le film, c’est un aspect qui peut être accepté si le scénario est à la hauteur. Une bonne histoire peut tout changer. Malheureusement, le scénario ne s’est pas montré à la hauteur des attentes.

 

Une équipe passionnée

Pourtant, l’équipe aux commandes de ce projet nous a montré durant la conférence qu’elle ne manque pas d’amour pour Le Seigneur des Anneaux. Elle est composée de personnes connaissant bien la saga ; Andy Serkis et la productrice Philippa Boyen sont des habitués.  Quant au réalisateur Kenji Kamiyama, il a affirmé son amour pour cet univers et l’honneur que la réalisation de ce film représente pour lui. Ce film n’est donc pas fait par des gens démotivés, ce qui rend ses défauts encore plus douloureux. Il est plus facile d’être en colère contre un film fait sans passion, que contre un projet bancal fait par des passionnés.

Credits : Jason DeMarco

Bien que pleins d’entrain lors de la présentation, les spectateur·ices étaient mitigés à la sortie de la séance. Le Seigneur des Anneaux a fait l’unanimité. La Guerre des Rohirrim, beaucoup moins.

Nous pouvons toujours espérer que le film saura nous surprendre et se révéler meilleurs que prévu. Attendons donc décembre prochain pour découvrir dans son ensemble Le Seigneur des Anneaux : La Guerre des Rohirrim. Ce qui est sûr, c’est que l’exigence sera au rendez-vous, car il s’agit du nouvel opus de l’une des plus grandes épopées du cinéma.

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Par Roxane